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Les attaques contre le journalisme se multiplient. Parfois, elles prennent la forme d’un cynisme désabusé. Parfois, elles crachent leur haine avec une violence outrancière qui ne supporte pas la contradiction. Parfois, elles tuent.

Pour sauvegarder l’expression, faut-il en restreindre l’extension?

OUI

Auteure: Aylin Gokalp

La France a récemment été victime d’une attaque contre la liberté d’expression : l’attentat de Charlie Hebdo, à Paris, ce 7 janvier ; il en a résulté douze morts. Suite à cela, le monde s’est insurgé et ne s’est pas privé d’opinions sur le sujet : certains ont pris cet acte de terrorisme à cœur et ont déjà passé leur colère sur les communautés musulmanes. Quelques-uns encore se disent partisans d’une liberté d’expression sans aucune limite. D’où nous provient cette liberté ? Jusqu’où peut aller l’expression de ses opinions ?

Depuis le XVIIIème siècle, l’Homme de notre société a cultivé son héritage des Lumières, c’est-à-dire sa raison et son esprit critique qu’il tourne vers chaque institution, personne ou idéologie qui mérite d’être critiquée. En effet, avoir le droit d’exprimer ses idées, ses pensées est une caractéristique indispensable de notre société. L’attentat de Charlie Hebdo est une atteinte à notre mode de vie, à nos idéaux et à notre culture : les anciens philosophes comme Voltaire et Montesquieu avaient pour conviction de nous illuminer par la raison au moyen de satires. C’est pourquoi, interdire la liberté d’expression sur tous les aspects de notre monde serait contre-productif dans le sens où la nature même d’une société moderne est pour les citoyens de critiquer, de remettre en question la société dans laquelle ils vivent, dans toutes ses facettes soit sociale, économique, politique ou culturelle. De nombreuses personnes se sont battues pour nos libertés : Martin Luther King s’est battu pour la liberté de ses confrères, Mikhail Gorbachev s’est battu pour la liberté d’expression avec la Glasnost et plus récemment Charlie Hebdo s’est battu pour la liberté d’expression et s’est opposé aux intégristes religieux avec ses satires.

Cependant, on peut observer des conséquences parfois très graves dûes aux divergences d’opinion sur les limites de la liberté d’expression. Hommes et femmes se tuent à travers le monde à cause de leur naïveté et hypocrisie. Effectivement, nombreux individus faussement concernés s’écrient tout le temps à propos de leur liberté d’expression. Toutefois ces personnes font l’amalgame entre opinion tout à fait légitime et discours de haine qui mènent le plus souvent au renforcement des pensées racistes, fascistes ou même à des actes de terrorisme. Tout ceci engendre ensuite des anomalies comme les partis fascistes en Angleterre, les extrémistes religieux du Ku Klux Klan aux Etats-Unis et à des massacres comme celui de Paris. La liberté d’expression, oui, mais jusqu’à un certain point.

Comme le disait Stuart Mill : « La liberté de l’individu doit ainsi être bornée :il ne doit pas se rendre nuisible aux autres ». L’état actuel des choses prouve bien que nos sociétés sont toutes différentes et leurs échelles de valeurs ou de priorités sont, elles aussi, différentes. C’est ce qui explique la nuisibilité de nos propos par rapport aux autres religions. Il est vrai que notre premier réflexe en Occident est de critiquer notamment grâce aux satires, mais il est aussi bon de préciser que, pour d’autres peuples dont le respect des ainés et de la religion est l’hégémonie de l’échelle morale, il s’agit d’une attaque à leur culture propre. Ce n’est donc plus une liberté, un droit humain mais un moyen d’oppression déguisé en liberté d’expression. Si un peuple nuit à un autre, la liberté doit être limitée et non utilisée de manière insultante.

Pour conclure, la liberté d’expression est certes un héritage que nos ancêtres ont défendu pendant des siècles mais celle-ci s’arrête lorsqu’elle blesse d’autres personnes, il faut la limiter afin que le monde entier puisse vivre en harmonie, avec le respect de l’autre.

NON

Auteur: Léonardo Roméo

Avez-vous remarqué que sur la tablette tenue par Dame Liberté, il n’y a rien d’écrit ? Cette tablette vierge représente l’une des plus grandes libertés au monde (et la plus importante à mes yeux) : la liberté d’expression ! En effet, rien n’y est écrit car tout le monde est libre d’y mettre ce qu’il souhaite. Et qu’on ne vienne pas me dire que, oui, on est libre de s’exprimer, mais il faut faire attention aux circonstances car comme l’a dit Orwell : «  Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. » c’est pourquoi je prends aujourd’hui l’une des armes les plus dangereuses du monde , je prends la plume pour me faire étendard de la plus noble des libertés : celle de s’exprimer .

Alors certes, on dira qu’il faut tout de même faire attention à la manière de formuler et aux personnes qui recevront le message car après tout, nous n’avons pas tous les mêmes valeurs. Sauf que non ! Justement dans ce cas-ci, elle est commune à tous ! Car la liberté d’expression est directement liée à la liberté de penser or, penser est la seule chose qui différencie l’homme des autres animaux. Privez quelqu’un de penser, et donc de s’exprimer, c’est le priver de son statut d’être humain ! Dès lors, une société où l’on empêche les gens de parler et remettre les choses en question n’est guère différente d’un berger veillant sur son troupeau et à ce sujet-là, je pense que nous sommes tous d’accord : personne ne veut être réduit au rang de simple tête de bétail. Nous avons tous la volonté d’être reconnu comme être humain, donc de pouvoir penser, donc de pouvoir nous exprimer.

Venons-en aux vertus de liberté d’expression pour la démocratie. L’histoire de l’humanité a montré que la moins mauvaise des sociétés est la démocratie. Or il n’y a démocratie que quand les gens discutent, critiquent, débattent et trouvent des compromis afin de contenter tout le monde. Et il est impossible d’être satisfait si vous ne dites pas ce que vous voulez précisément et si vous n’y êtes pas autorisés. Donc qu’importe qui vous entoure, qui vous entend, qui vos propos dérangent, puisque le but est de laisser tout le monde s’exprimer, il faut bien que les gens répondent sinon la discussion n’avance pas.

Et pour les cas les plus extrêmes (mais si vous savez, les cas où les propos de l’autre vous donnent envie de lui coller une baffe) souvenez-vous de ce proverbe : «  C’est quand un moustique se pose sur sa virilité qu’un homme comprend que la violence ne résout rien. » Pour ceux qui ne feraient pas le rapprochement, explication : quand des propos vous touchent, vous « piquent » pour continuer la métaphore du moustique, eh bien ne réagissez pas avec violence ! Cela ne pourrait qu’aggraver les choses ! Si des propos vous choquent, il y a des gens compétents pour résoudre cela. La loi est la même pour tous ! Et si elle ne condamne pas les propos émis, il faudra vous en contenter et râler dans votre coin mais rien ne vous autorisera à avoir recours à la violence.

Et s’il vous plait, réfléchissez cinq minutes:  il n’y a que les imbéciles qui parlent sans réfléchir,  en général quand quelqu’un dit quelque chose, il a des raisons hautement plus intelligentes que de vouloir blesser. Quand Nirvana a chanté « Rape me », ce n’était pas par amour du viol mais pour interpeler. Quand Green Day a écrit «  American Idiot » ce n’était pas pour le plaisir d’insulter les gens mais pour remettre en question la société. Quand Charlie Hebdo caricature les religions, c’est pour faire réfléchir sur la façon dont les gens agissent au nom de principes supérieurs. Et si ça ne vous plait pas, dites-le ! Vous avez le droit de vous exprimer !

Pour conclure, je dirais que si l’on devait symboliser la liberté de parler, il faudrait prendre l’ouroboros, ce serpent se mordant la queue ! Symbole de l’éternel cycle, en effet, je m’exprime, l’autre répond, je lui réponds… et ce à l’infini. Et de cette discussion infinie naissent la dignité humaine, la démocratie, la législation et la remise en question. La liberté est ce que l’on a de plus précieux et qu’importe le contexte, on ne peut en priver un homme. Liberté, j’écris ton nom en guise de conclusion.

1 commentaire

  1. Deux réflexions très intéressantes sur la liberté d’expression. En réalité, vous avez tous les deux raison. Si la liberté d’expression est un principe fondamental d’une société démocratique, elle n’est jamais absolue. En Belgique, la liberté d’expression est reconnue notamment par l’article 25 de la Constitution qui garantit cette liberté à la presse en précisant que la censure ne pourra jamais être établie. Ce texte est donc un contre-pied total au principe de censure instauré sous le règne précédent où la liberté d’expression n’était qu’une exception strictement contrôlée par des censeurs. Lors de l’indépendance de la Belgique, la liberté d’expression est devenue la règle et ses limites ont été fixées par la loi. Il est par exemple interdit de diffamer (tenir des propos qui peuvent porter préjudice à une personne), harceler, tenir des propos racistes, inciter à la haine, à la révolte,… sous peine de poursuites judiciaires. Aucun pays ne reconnait donc de liberté d’expression totale. Par contre, la garantie de ce principe reste un des piliers essentiels d’une démocratie.

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